Décomposition achevée, recomposition attendue

Si la soirée de dimanche a un avantage, c’est celui de la clarté. La République en Marche écrase tout, LR souffre et le PS est mort. Cliniquement mort. Conséquence immédiate : plus aucun moyen financier, plus aucun moyen humain. Nombre de caciques du parti sont allés chez Macron, une part importante a pris sa retraite (volontaire ou forcée) d’autres n’ont plus envie. Sans ces moyens, sans postes à distribuer, l’impulsion ne peut repartir de Solférino qui va d’ailleurs être débaptisé pour cause de dépôt de bilan au sens propre. La déflagration est moins violente à droite, mais le poison instillé par En Marche est plus pernicieux : alors que les projections leur donne au mieux 125 députés, beaucoup moins qu’aujourd’hui (et 85 dans le pire des scénario) plus de 30 d’entre eux ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils voulaient passer un quinquennat Macron friendly, Macron compatible, Macron ralliable, en somme. En bref, il reste une grosse soixantaine de députés de droite au clair avec leur famille politique.
Les deux partis présents depuis trente ans atomisés en une élection. Au fond, il y a une forme de logique : à gauche, le libéralisme de plus en plus appliqué, mais de façon honteuse, n’était plus tenable. A droite, la boîte à idées était en panne et les meilleures idées de leur camp venaient d’en face, autant s’y rallier. Comme le disait récemment Yves Thréard du Figaro “jamais la droite n’a fait preuve d’autant d’audace et d’envie de faire bouger l’économie que la nouvelle loi travail de Macron”. Trop de pudeur de gazelle face à un évident idéal libéral sécuritaire. Le MEDEF en a rêvé, Macron l’a fait. Macron assume d’avoir une ligne violente sur la sécurité, sa première décision va être de pérenniser l’Etat d’urgence. Les élus “de gauche” qui assument une saloperie pareille sont immunisés contre toutes les autres trahisons.

L’histoire des trahisons n’a rien de neuf. Le PS est à la manoeuvre depuis le début et a une hégémonie sur la gauche plurielle, maintenue à coup de compromis sociaux de plus en plus ténus. Quand, en 83, le PS prend le célèbre “tournant de la rigueur”, il ne revient en rien sur tous les progrès sociaux enregistrés depuis 1981 : retraites à 60 ans, semaine de 39h, 5ème semaine de congés payés, nationalisations, mise sous tutelle de banques. En 1997 et la victoire inattendue de Jospin, le PS maintient son hégémonie sur la gauche plurielle comme les parrains mafieux règnent sur leurs quartiers : en payant, mais chichement. Les communistes l’ont compris et ont refusé de repartir pour un tour de sociale-traîtrise en 2012. La CMU et les 35 heures ne suffisaient pas à compenser des privatisations nombreuses et trop de cadeaux fiscaux. EELV n’a pas voulu rompre pour une poignée de députés et trois postes au gouvernement. Cinq ans plus tard, aucune centrale nucléaire fermée, un ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire qui a fait la joie de la FNSEA, l’état d’urgence dévoyé pour arrêter les militants écologistes. Rien à sauver, fors des postes… qui ne sont plus là. EELV a disparu des écrans radars dimanche soir. Triste ironie de l’histoire l’écologie ne cesse de monter dans l’opinion en termes de prise de conscience et sa traduction politique la plus évidente est morte. Bravo…
A droite, là aussi, Macron a débauché tous les types qui sont honnêtes intellectuellement. Libéraux en diable et sécuritaires, Macron coche les cases de leur ADN. Comme eux, Macron n’aime pas l’Etat, encense “les forces vives de l’entreprenariat qui crée des emplois” (à grands renforts de niches fiscales, mais ne nous arrêtons pas à de tels détails). Le symbole parfait de tout ça, c’est notre nouveau ministre de l’éducation. Meilleur ami de Baroin, copain comme cochon avec Sarkozy et Fillon, admirateur de l’autonomie pour tous les établissements sa première décision détonne : mettre fin aux devoirs à la maison en permettant aux élèves de les faire à l’école. Une revendication de longue date des assos de quartiers populaires. Diantre ! Une mesure de gauche ! Blanquer va recruter en masse pour aider les élèves en difficulté et permettre de compenser cette inégalité, merci ! Et non… C’était évidemment trop beau et le ministre d’annoncer que les renforts seront des jeunes en service civique. Aucune pérennité du système (des contrats de 6 à 9 mois…), aucun financement et aucune garantie du niveau des jeunes (le service civique est ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans, de bac moins 5 à bac+5). La possibilité que d’anciens jeunes en échec scolaire accompagne des jeunes en échec scolaire est bien patente. Une solution low cost pour aider les plus défavorisés, une solution bien dégueulasse qui rappelle la big society de Cameron. De quoi contenter nombre d’élus de droite.

Il en restera un certain nombre qui ne se rallieront pas : pour des question migratoires et sociétales, que cela soit sur les droits des homosexuels ou autres droits qui peuvent heurter une morale religieuse (droit à mourir dans la dignité, droit à l’avortement), la recomposition d’un bloc de droite dure est à attendre. L’irruption du mouvement des tea party en réaction à l’élection d’Obama montre que ce genre d’agrégat peut se réaliser rapidement. Le FN est en sévère perte de vitesse sur le premier tour. Le second tour clarifiera le leadership : malheur aux vaincus, si Philippot et Le Pen ne s’imposent pas, Wauquiez attend de faire une OPA sur la droite réac débarrassée de cette armée de losers. Nimbé d’une aura victorieuse (il gagne toutes les élections auxquels il se présente) il pourra lancer un gros bloc réactionnaire et europhobe. Avec une meilleure stratégie que le FN (pas compliqué) une telle vague peut avoir des résultats, la Pologne nous le rappelle tristement. La recomposition à droite ne peut se faire que là, tout le reste du spectre est pris par Macron.

A gauche, les majorités intellectuelles, culturelles, programmatiques, sont là. Une refonte fiscale totale pour pouvoir financer tout le reste en préalable : mettre fin aux rentes, comme dirait Macron, mais celles du CAC 40 et autres groupes truandant le fisc. Un étalement de l’impôt beaucoup plus progressistes. Ne peut-on pas aisément dégager une majorité pour dire que la priorité est de récupérer 80 milliards annuels évaporés indument ? Idem pour la règle verte écologique. Un sujet qui irrigue tout : des emplois de demain dans les circuits court énergétiques et alimentaires à la santé de demain, sauvegardé par une production non polluante. Tout ceci, évidemment, en trouvant des outils de prise de décision collective, en mettant fin au césarisme actuel.

Ca ne se fera pas en un jour, alors au lieu de pleurer encore et encore sur qui d’Hollande, Valls ou Macron a vraiment tué la gauche, tournons la page dès aujourd’hui, des millions d’électeurs n’attendent que ça.

 

Vincent Edin

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