Alerte enlèvement : identité collective.

“Métis, gay et thatchérien, Leo Varadkar sera le prochain premier ministre irlandais”. L’ordre des qualificatifs ne doit rien au hasard. Cet article du Monde, hier, est un énième épisode dans le bras de fer entre identité individuelle et collective qui tourne systématiquement à l’avantage de l’esseulé. Ne soyons pas bégueules : dans un pays aussi conservateur et férocement catholique, le fait que le nouveau chef du gouvernement sois ouvertement homosexuel est un symbole fort. Mais un symbole. Comme son teint non crayeux. Très bien. Mais combien faudra-t-il de symboles sans actes pour que l’on change notre grille de lecture ? Combien d’échecs successifs de personnalités différents proposant une politique conforme pour que l’on cesse de tomber dans le panneau ?

Au fond, c’est peu admissible par les bonnes âmes, mais Obama a vraiment une chance infinie que Trump lui succède. Il peut ainsi se targuer d’avoir incarné tout l’inverse de Trump. Ouverture, tolérance, coolness. Mais personne pour dire que si Obama était si fabuleux, Clinton aurait du passer dans un fauteuil ? On peut déplorer qu’il n’ait jamais eu un Congrès et un Sénat vraiment à sa main, mais tout de même : 2 mandats, 8 années de pouvoir et 8 années au cours desquelles les inégalités ont continué leur trajectoire folle, aucune résorption des inégalités liées à l’origine ethnique, aggravation des inégalités scolaires… Un léger mieux sur la santé, mais c’est tout. Trump ayant balayé l’Obamacare sitôt arrivé à la maison Blanche, Barack pourra pavaner que c’est la justice qu’on assassine. De fait, comparé à Trump, Obama fait figure de progressiste, exactement comme Macron face à le Pen ou Trudeau face aux autres…

On ne peut empêcher ces types là de jouer sur le récit personnalisé. C’est de bonne guerre. Jeunes, aux dents blanches et aiguisés, avec toujours un peu de mystère, un truc différent (couleur de peau et passé de travailleur social pour Obama, combat de boxe, tatouage et surf pour Trudeau, le théâtre, Ricoeur et épouser sa prof de français pour Macron) sur lequel on glose jusqu’à après-demain. Fort bien. Les individus se distinguent, certes, mais leurs idées ? On ne peut plus confondant de conformisme mou, spongieux, gentiment défaitiste face aux ploutocrates. Leo Varadkar fait pareil, il met en avant son âge, ses préférences en termes de galipettes et sa couleur de peau. Les plumes reprennent. Thatchérien passe au second plan. Le type est un champion de l’austérité, en tant que responsable des comptes sociaux a proposé de torpillé tout ce qui peut ressembler à une sécurité sociale, croit que l’on est coupable d’être malade et que l’on doit payer sa guérison. Voilà ce qui doit primer, mais il faut aller loin dans l’article pour qu’on vous en cause…

Début 2016, les Etats-Unis avaient la possibilité de choisir quelqu’un de bien plus différent qu’Obama. Sur le papier, un vieux mâle blanc de plus, un peu prof, un peu juif, pas très intéressant pour la presse. Ajouté à cela que le parti démocrate le haïssait et on n’en parlait plus. Malgré une opposition partisane et médiatique très forte, Sanders failli battre Clinton, un mois de campagne de plus et il tapait la représentante d’un establishment à bout de souffle. Sa campagne avait fait la pédagogie de ce qui le différenciait d’Obama/Clinton : réforme fiscale, rémunération du travail, notamment du SMIC, protection sociale, coût de l’éducation, pour la première fois depuis, allez, Roosevelt, un programme, une identité collective vraiment différente arrivait. Le choix ne fut pas retenu et nous voici avec l’autre fou de Trump. On pourra s’interroger longtemps sur la responsabilité du traitement médiatique qui fut réservé à Sanders, croqué comme un vieux grincheux un peu frondeur…

Il paraît que lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. On pourrait dire qu’aujourd’hui le sage montre le programme et les imbéciles commentent les portraits… Soupir.

 

Vincent Edin