Le jour où j’ai arrêté de manger la pilule

Comme 80% des femmes de 15 à 24 ans, j’ai utilisé la pilule comme moyen de contraception. J’avais mes raisons : je voulais vivre pleinement ma sexualité, sans le risque de tomber enceinte, et sans prendre le risque de ne pas avoir de préservatif sous la main. Et puis le gynécologue m’a à peine poser la question : « Vous prenez un contraceptif ? » « -Non, mais j’aimerais bien » « -Très bien, je vous prescris cette pilule, revenez dans quelques mois pour vérifier que tout se passe bien ». Fin de la discussion. C’était il y a une dizaine d’années, et ce que j’entends chez le gynéco aujourd’hui n’a pas tellement changé.

Mais comme de plus en plus de femmes âgées de 25 ans et plus, j’ai cessé de prendre la pilule, et je suis même devenue une « anti ». Alors les raisons qui m’ont poussée à rejeter ce moyen de contraception sont nombreuses : irrespect de l’environnement (et notamment cause de stérilité dans la faune aquatique), irrespect du corps des femmes (lien mis en évidence entre la contraception hormonale et l’augmentation des cancers du sein), problématiques liées aux effets secondaires : prise de poids, anxiété, dépression, acné… , mais aussi idéologiques. Je ne supporte plus que les médecins ne proposent que ce moyen de contraception, et je ne supporte plus que les laboratoires qui les fabriquent et les vendent soient les mêmes que ceux qui ont prescrit le Mediator. Alors oui, je me dis que les laboratoires usent de pression sur les gynécologues pour que ceux-ci proposent systématiquement une pilule contraceptive. Et le marché est juteux lorsque l’on sait que 50,5% des femmes de 15 à 50 ans en consomment, pour 78% des 15 à 39 ans. Enfin, comme pour la cigarette, je trouve détestable le marketing fait autour de la pilule qui est censée « libérer » la femme, alors que ça l’enferme dans une prison hormonale : prise à heure fixe, tous les jours sans exception sous peine de voir le couperet de la grossesse tomber. Non, ce n’est pas parce qu’on prend la pilule qu’on est une vraie femme libérée.

La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus de femmes pensent comme moi : et en effet, les enquêtes publiées par l’Ined montrent un recul constant de l’usage de la pilule depuis 2005, recul aggravé après la crise de 2013. Or, les femmes n’ont pas plus envie de tomber enceinte qu’avant.

Je fais partie des 7% de femmes qui ne prennent plus du tout de contraceptif. Comportement irresponsable et inconséquent peut-être, je me débrouille entre le retrait, le calcul des dates, le recours parfois au préservatif…enfin rien qui me permette de ne pas être angoissée lorsque j’ai un jour de retard.

Mais j’ai de la “chance”: mon historique médical personnel me met dans la catégorie des femmes pour qui ce sera difficile d’avoir des enfants. Un jour, je suis allée voir une voyante, pour rigoler. Elle m’a dit que je n’aurais pas d’enfant. J’ai beaucoup pleuré et j’ai arrêté la contraception, peut-être pour contrer le mauvais oeil. 6 mois plus tard, on m’a effectivement parlé d’une polycyste, c’est à dire un dérèglement hormonal qui touche 5% des femmes, et qui rendrait plus difficile une grossesse naturelle. Je m’étais préparée, mais la confirmation médical a ouvert la porte à toutes les interrogations sur les causes de stérilité chez les femmes. Une discussion avec une sage-femme proche de l’âge de la retraite était alarmante: les phénomènes de stérilité ont beaucoup augmenté ces 20 dernières années, et le nombre de couples ayant recours à des moyens de procréation assistée est en constante augmentation. La pilule ne rend pas stérile, je ne dis pas ça, en revanche la question des perturbateurs endocriniens mériterait d’être abordée plus largement, et également les moyens de lutter contre ces facteurs de stérilisation.

Et d’autres méthodes de contraception existent (et je ne parlerai pas des hormonales !) : le stérilet ou la boule de cuivre sont des alternatives moins contraignantes que la pilule, sans risque d’oubli, et sans injecter dans notre corps, ni dans l’environnement, des hormones artificielles dont on ne sait jamais trop quels sont les effets à long terme. J’aimerais faire partie des 20% de femmes qui optent pour le stérilet, et…il n’y a plus qu’à.

Je souhaite militer pour que les médecins parlent plus de ces méthodes contraceptives et proposent un choix plus vaste aux femmes qui viennent les consulter, je souhaite qu’on arrête de prendre le corps des femmes pour un marché de consommation comme un autre dans lequel on essaie d’établir des monopoles pervers et périlleux, je souhaite aussi qu’on examine la contraception masculine.

Et oui, comme je suis de plus en plus extrémiste : je suis passée des tampons à la cup, des shampoings classiques aux shampoings durs-véganes, j’ai arrêté la cigarette, consomme bio quand c’est possible, et frotte avec une éponge les fruits et légumes quand ce n’est pas possible. Je vérifie que le poisson que je mange n’a pas ingéré de farine de poisson pour se nourrir, j’ai presque cessé de prendre de la viande, sauf si celle-ci a été achetée directement auprès d’un producteur que je connais… bref j’ai choisi de mesurer l’impact des produits que je mets en moi, et qui ont les effets papillons que l’on connait.

Nous ne sommes pas obligées de subir les lubies et les pressions des groupes pharmaceutiques, et par chance, cette tendance a été comprise, notamment dans les hôpitaux, qui mettent maintenant à disposition des plaquettes présentant d’emblée tous les modes de protection, et pas uniquement la pilule. On constate au passage qu’un stérilet (ou DIU) coûte nettement moins cher qu’une prise de pilule (30€, remboursé à 65%, pour 5 ans soit 17cts par mois, VS 0,40 cts par mois pour les pilules les moins chères du marché).

Je crois que le changement vient des femmes, et que l’avenir de notre civilisation et de notre planète dépend très largement du choix de celles-ci, les hommes suivant la tendance et les marchés 😉 > provocation gratuite et inutile.