Le gouvernement des meilleurs, le pire des arguments…

Un sophisme sans nom se répand sur les réseaux depuis la nomination des gouvernements : “enfin, on a pris les meilleurs à chaque poste. Des com-pé-tences. #EnMarche!”. Abusant de notre amnésie collective (ou étant eux mêmes dépourvus de culture politique), les marcheurs nous expliquent que la révolution positive est sur le point d’advenir pour la bonne et simple raison qu’on aurait enfin recruté des personnalités sur leurs compétences. Leur talent. Leur expertise. Avant, c’est connu, on ne prenait que des nazes, des buses étiquetées d’un parti. Raison pour laquelle la France est dans cet état. Heureusement que l’idée de génie est arrivée. Mais, au fond, prendre des gens sur leurs “compétences” est-ce si nouveau, est-ce la première fois ?

Pire ministre de l’économie de ces quarante dernières années ? Francis Mer, grand patron, autoritaire et incapable de la moindre discussion avec des partenaires sociaux… Thierry Breton ne fut pas extraordinaire, non plus.
Pire ministre de la santé ? Est-ce Mattei et la canicule ou Douste-Blazy, ou pourquoi pas, Kouchner ? Mon coeur balance, mais être un médecin (ou une pharmacienne dans le cas de Bachelot) n’est pas nécessairement le meilleur rempart pour affronter les lobbys et gérer les dizaines de milliers de soignants auxquels les mandarins ne condescendent que rarement à écouter.
Pire garde des Sceaux ? Rachida Dati tient la corde et elle est pourtant magistrate…
Pire ministre des sports ? Sans conteste ce benêt de Bernard Laporte, pourtant grand manitou du XV…
N’en jetez plus. Pour ne pas taper systématiquement du même côté rappelons que le prof Peillon fut exécrable à l’éducation (hélas…). Comme Darcos et Ferry, d’ailleurs. Etre prof n’est pas le meilleur viatique pour aller rue de Grenelle. Pas plus qu’être énarque n’est un viatique de succès à la tête du ministère de la fonction publique… Est-ce si surprenant ? Non.

C’est le biais entre intérêt général et particulier qui n’est plus compris, même plus un débat. Allons au bout et forçons le trait pour nous faire entendre : pensez vous que Xavier Niel au numérique, Martin Bouygues au logement, Lagardère à la culture et Serge Dassault aux armées seraient de bonnes idées ? Evidemment, non. Il y a les forces de l’argent, mais aussi celles des corps, de la culture, de l’entre soi. Dans une éducation nationale dont le premier des maux est le nombre immense de décrocheurs, le malaise de ceux que l’on considèrent ou désignent précocement comme de mauvais élèves, faut-il nécessairement chercher un normalien/agrégé ? Pas sûr… Personnellement, mettre à la justice un amoureux des lettres qui a beaucoup réfléchi à ce qui est juste ou pas ne me choque pas. Il réfléchira à ce qu’il croit juste sur les peines et les vertus de la prison sans être emprisonné par trois précédents et les envies de deux copains de promo. L’absence de qualification professionnelle ne signifie pas l’incompétence et l’expérience personnelle ne signifie pas la capacité à penser pour tous. Ces trente dernières années, droite comme gauche reconnaissent à peu près unanimement que la meilleure ministre des sports fut Marie-Georges Buffet, sans passé de championne ou gestionnaire de clubs, mais animée d’une vision : contrer le sport business, défoncer le dopage (elle fit le plus en la matière) et développer le sport loisir pour tous. On ne demande pas plus à un ministre.

J’ai une admiration sans bornes pour l’employeur Thierry Marx. Pour ce qu’il fait en matière de réinsertion de personnes éloignées de l’emploi en ayant compris que ces hommes et femmes fracassés par l’institution scolaire ne sauront pas suivre une formation d’un an. Il leur propose une formation éclair pour remettre le pied à l’étrier, puis une formation tout au long de leur carrière, quand ils ont retrouvé une assise professionnelle. Belle idée, magnifique et efficace (plusieurs centaines d’embauches annuelle). Ferait-il pour autant un bon ministre de l’emploi ? A l’évidence, non. C’est même quasiment systématique, cette impossibilité de reproduire le singulier en universel. Il y eut le contre exemple Malraux, c’est vrai, mais il était démiurge, il créait tout ex nihilo.

Et puis, tout de même, quel biais sur les “compétences”. Comme le disait fort justement Frédéric Lordon : “quand un patron parle, c’est de l’économie. Quand c’est un syndicaliste, c’est du militantisme”. Appliqué à notre nouvelle ministre de l’emploi, Muriel Pénicaud, en quoi le fait d’avoir participé aux plans de lean management de Danone qui a viré des centaines de personnes en France dans des usines qui faisaient du profit, mais moins qu’en Inde, fait d’elle une interlocutrice valable ? Une experte de l’emploi ? Pas sérieux…

Battons notre coulpe, pour finir. Si l’arrogance des marcheurs nous revient en boomerang c’est aussi parce que les précédents gouvernements ont osé des choses trop folles. Un ministre des affaires étrangères ne parlant que français (à nouveau l’ineffable Douste-Blazy, surnommé alors “Mickey d’Orsay”), des ministres de l’emploi n’ayant été qu’élu, n’ayant jamais passé un entretien de recrutement ou envoyé un CV. Mea maxima culpa. Mais ça n’est pas pour autant qu’on doit subir cette comparaison inepte entre la France et l’entreprise, entre la gestion universelle et à long terme contre les expérimentations trimestrielles avec priorités, il n’y a pas un pas mais un océan infranchissable. Espérons que les hypergonflés du bourrichon finiront par s’en rendre compte…

Un sophisme sans nom se répand sur les réseaux depuis la nomination des gouvernements : “enfin, on a pris les meilleurs à chaque poste. Des com-pé-tences. #EnMarche!”. Abusant de notre amnésie collective (ou étant eux mêmes dépourvus de culture politique), les marcheurs nous expliquent que la révolution positive est sur le point d’advenir pour la bonne et simple raison qu’on aurait enfin recruté des personnalités sur leurs compétences. Leur talent. Leur expertise. Avant, c’est connu, on ne prenait que des nazes, des buses étiquetées d’un parti. Raison pour laquelle la France est dans cet état. Heureusement que l’idée de génie est arrivée. Mais, au fond, prendre des gens sur leurs “compétences” est-ce si nouveau, est-ce la première fois ?

Pire ministre de l’économie de ces quarante dernières années ? Francis Mer, grand patron, autoritaire et incapable de la moindre discussion avec des partenaires sociaux… Thierry Breton ne fut pas extraordinaire, non plus.
Pire ministre de la santé ? Est-ce Mattei et la canicule ou Douste-Blazy, ou pourquoi pas, Kouchner ? Mon coeur balance, mais être un médecin (ou une pharmacienne dans le cas de Bachelot) n’est pas nécessairement le meilleur rempart pour affronter les lobbys et gérer les dizaines de milliers de soignants auxquels les mandarins ne condescendent que rarement à écouter.
Pire garde des Sceaux ? Rachida Dati tient la corde et elle est pourtant magistrate…
Pire ministre des sports ? Sans conteste ce benêt de Bernard Laporte, pourtant grand manitou du XV…
N’en jetez plus. Pour ne pas taper systématiquement du même côté rappelons que le prof Peillon fut exécrable à l’éducation (hélas…). Comme Darcos et Ferry, d’ailleurs. Etre prof n’est pas le meilleur viatique pour aller rue de Grenelle. Pas plus qu’être énarque n’est un viatique de succès à la tête du ministère de la fonction publique… Est-ce si surprenant ? Non.

C’est le biais entre intérêt général et particulier qui n’est plus compris, même plus un débat. Allons au bout et forçons le trait pour nous faire entendre : pensez vous que Xavier Niel au numérique, Martin Bouygues au logement, Lagardère à la culture et Serge Dassault aux armées seraient de bonnes idées ? Evidemment, non. Il y a les forces de l’argent, mais aussi celles des corps, de la culture, de l’entre soi. Dans une éducation nationale dont le premier des maux est le nombre immense de décrocheurs, le malaise de ceux que l’on considèrent ou désignent précocement comme de mauvais élèves, faut-il nécessairement chercher un normalien/agrégé ? Pas sûr… Personnellement, mettre à la justice un amoureux des lettres qui a beaucoup réfléchi à ce qui est juste ou pas ne me choque pas. Il réfléchira à ce qu’il croit juste sur les peines et les vertus de la prison sans être emprisonné par trois précédents et les envies de deux copains de promo. L’absence de qualification professionnelle ne signifie pas l’incompétence et l’expérience personnelle ne signifie pas la capacité à penser pour tous. Ces trente dernières années, droite comme gauche reconnaissent à peu près unanimement que la meilleure ministre des sports fut Marie-Georges Buffet, sans passé de championne ou gestionnaire de clubs, mais animée d’une vision : contrer le sport business, défoncer le dopage (elle fit le plus en la matière) et développer le sport loisir pour tous. On ne demande pas plus à un ministre.

J’ai une admiration sans bornes pour l’employeur Thierry Marx. Pour ce qu’il fait en matière de réinsertion de personnes éloignées de l’emploi en ayant compris que ces hommes et femmes fracassés par l’institution scolaire ne sauront pas suivre une formation d’un an. Il leur propose une formation éclair pour remettre le pied à l’étrier, puis une formation tout au long de leur carrière, quand ils ont retrouvé une assise professionnelle. Belle idée, magnifique et efficace (plusieurs centaines d’embauches annuelle). Ferait-il pour autant un bon ministre de l’emploi ? A l’évidence, non. C’est même quasiment systématique, cette impossibilité de reproduire le singulier en universel. Il y eut le contre exemple Malraux, c’est vrai, mais il était démiurge, il créait tout ex nihilo.

Et puis, tout de même, quel biais sur les “compétences”. Comme le disait fort justement Frédéric Lordon : “quand un patron parle, c’est de l’économie. Quand c’est un syndicaliste, c’est du militantisme”. Appliqué à notre nouvelle ministre de l’emploi, Muriel Pénicaud, en quoi le fait d’avoir participé aux plans de lean management de Danone qui a viré des centaines de personnes en France dans des usines qui faisaient du profit, mais moins qu’en Inde, fait d’elle une interlocutrice valable ? Une experte de l’emploi ? Pas sérieux…

Battons notre coulpe, pour finir. Si l’arrogance des marcheurs nous revient en boomerang c’est aussi parce que les précédents gouvernements ont osé des choses trop folles. Un ministre des affaires étrangères ne parlant que français (à nouveau l’ineffable Douste-Blazy, surnommé alors “Mickey d’Orsay”), des ministres de l’emploi n’ayant été qu’élu, n’ayant jamais passé un entretien de recrutement ou envoyé un CV. Mea maxima culpa. Mais ça n’est pas pour autant qu’on doit subir cette comparaison inepte entre la France et l’entreprise, entre la gestion universelle et à long terme contre les expérimentations trimestrielles avec priorités, il n’y a pas un pas mais un océan infranchissable. Espérons que les hypergonflés du bourrichon finiront par s’en rendre compte…